Rendre le monde indisponible, Hartmut Rosa.

Couverture monde indisponile

Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni.
Titre original : Unverfügbarkeit. 2018.
Editions La Découverte.

« Quand on se sent extérieur à soi-même, on ne peut pas assimiler le monde et celui pour qui le monde est devenu sourd et muet perd aussi le sentiment de soi.« 

De quoi ça parle ?

Comprendre, ordonner puis maîtriser voire dominer le monde semble avoir été le projet occidental depuis des siècles et encore aujourd’hui. Il s’agit de le quantifier, de l’optimiser, de le consommer. Et lorsque le monde se rebiffe ou se dérègle (climatiquement ou géopolitiquement) il est perçu comme menaçant.

L’individu est encouragé à travailler pour devenir la meilleure version de lui-même, pour asseoir sa conscience d’exister dans le fait de posséder et consommer. Epuisé, il est de plus en plus frustré et éprouve « un ressentiment généralisé à l’égard du monde« . Le but s’éloigne à chaque pas fait en avant, comme une carotte inaccessible.

Pourtant, rendre le monde indisponible c’est lui rendre sa magie, sa capacité à susciter en nous une résonance, une vibration nourrissante qui renforce notre sentiment d’humanité.

Ce que j’en pense

Ce livre n’a pas fini de me faire réfléchir !

Cela fait des années que mon entourage évoque ça et là la pensée d’Hartmut Rosa mais chaque fois que je feuilletais un de ses ouvrages j’avais l’impression de ne rien saisir. C’est tout à fait différent avec cet essai très pédagogique qui synthétise la pensée de l’auteur de façon accessible.

L’idée que « Le désir s’éteint lorsqu’il n’y a plus rien à découvrir sur ou avec le vis-à-vis, si nous maitrisons et contrôlons toutes ses propriétés, si nous en disposons totalement » n’est pas nouvelle mais c’est une grille de lecture terriblement efficace pour comprendre le désespoir contemporain et imaginer des attitudes salvatrices pour l’avenir.