Carcoma, Layla Martinez.
Titre original : Carcoma. Publié en 2021.
Traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon.
Editions du Seuil.
« Dans cette maison on n’hérite pas de bagues en or ni de draps brodés à ses initiales, non, ici les morts nous laissent des lits et du ressentiment. La rage et un endroit où t’étendre la nuit, voilà tout ce que peut te léguer cette maison.«
Une grand-mère et sa petite-fille sont au prise avec une rage héritée et réactivée à chaque génération. Une rage qui a trouvé sa source dans la violence et le mépris, des hommes envers les femmes, des riches envers les pauvres. La maison enregistre toutes ces vibrations et les répercute : des ombres filent dans les couloirs, des jambes apparaissent sous les lits, des cris et des bruits d’insectes rythment les jours …
Le monde extérieur craint la maison comme ses habitantes, il se tient prêt à les broyer pour s’en débarrasser.
La carcoma c’est la vrillette, le ver à bois et, par extension, quelque chose qui vous ronge de l’intérieur. Plusieurs générations de femmes luttent contre des injustices et des violences structurelles.
Leurs armes : leurs croyances, leur silence et leur volonté farouche.
Lire ce livre n’est pas une partie de rigolade, il prend aux viscères et les noue sans amabilité. L’atmosphère est glauque, plutôt gothique et quand on croit avoir enfin basculé dans l’imaginaire, le réel revient vous prendre à la gorge.
J’ai été bluffée par la puissance de l’écriture et par sa noirceur. J’ai pensé à Mariana Enriquez et Ariadna Castellarnau mais aussi à Irene Sola et son roman « Je t’ai donné des yeux et tu as regardé les ténèbres« .
