Cérémonie d’orage, Julia Armfield.
Traduit de l’anglais par Laetitia Devaux et Laure Jouanneau-Lopez.
Titre original: Private Rites. 2024.
Editions La Croisée puis 10/18
« Cela fait tant d’années maintenant – une décennie de ceci, une autre de cela pour éviter la catastrophe de justesse. Les gens avalent des compléments alimentaires et de la vitamine D pour avoir de l’énergie, ils se plaignent des effets de l’humidité sur leurs articulations. Il pleut sans arrêt, et cette réalité, cette menace constante, coexiste avec le train-train quotidien, fait de travail et de sommeil et de tickets de loto, de vidéos de yoga, d’achat de fruits, d’impôts à payer, de serpillères à passer, de drogue le week-end, de livres empilés et de réflexions quant à ce qu’on va bien pouvoir proposer pour un premier rencard. C’est éreintant, ainsi que ça l’a toujours été, de vivre avec un tel éventail de distractions – éreintant, comme peut l’être ce monde, même en phase terminale.«
De quoi ça parle ?
Le dérèglement climatique s’est accompagné de pluies intenses et incessantes : Londres est peu à peu submergée. La population s’adapte, se déplace en ferry, monte dans les étages supérieurs des immeubles, transforme progressivement son quotidien.
Certains sont plus chanceux que d’autres, ils habitent dans les hauteurs et ne sont pas encore concernés par les inondations ou bien ils ont un logement adapté à la montée des hauts, construit sur pilotis extensibles.
Le père d’Irène, Isla et Agnès vient de mourir. C’était un architecte de renom, justement connu pour ces bâtiments compatibles avec le nouveau Londres. C’était aussi un père brutal et manipulateur.
A l’issue de son enterrement les trois sœurs se retrouvent dans sa maison, toute vitrée, pour partager leur rage, leur haine et leur panique. La cérémonie d’orage peut commencer …
Ce que j’en pense
Quelle angoisse que ce Londres futuriste ! Il pleut sans cesse, tout est aqueux, les gens sont devenus flous – comme sous l’eau. Tout est trouble : l’avenir, les relations … le quotidien lui aussi se dilue mollement.
Les trois sœurs ne s’entendent pas et leurs relations sont heurtées, avortées, nourries de préjugés et des douleurs de leur enfance. J’ai trouvé que, combiné au description d’un climat délétère, cela rendait le texte anxiogène de façon très réussie : la communication n’est jamais véritablement possible.
Je crois que ce qui m’a le plus marquée c’est comment les différents personnages maintiennent des routines quotidiennes alors que tout s’enlise autour d’eux. Cela semble fou à lire et pourtant je me dis que nous faisons probablement de même.
