Hors de moi, Claire Marin.
Editions Allia. 2003.
« Patiente. C’est mon statut et l’ordre auquel je dois obéir. C’est un nom, un adjectif et un verbe à l’impératif. Ce qui me caractérise, c’est d’obéir à cet ordre qui m’est sans cesse implicitement rappelé. Patiente. Attends. Attends que la crise passe, attends que la douleur diminue, attends que le sommeil te délivre. Attends que cela fasse de l’effet. Une heure, trois jours, deux semaines. Attends que les effets secondaires s’atténuent. Subis, supporte, accepte, résigne-toi. Fais avec.«
De quoi ça parle ?
L’autrice vit avec une maladie auto-immune. Elle en décortique les effets sur sa façon de concevoir la vie et de percevoir le monde. Colère, dépossession de soi, vulnérabilité, résistance, solitude : la maladie l’exproprie, la place « hors de moi ».
Perte de l’intimité, incompatibilité d’usage avec la notion de pudeur : son corps est un objet pour la science, il suscite a contrario la crainte de son entourage. Dès lors, comment vivre avec soi-même ? Comment faire coexister cette réalité avec le désir ?
Ce que j’en pense
J’aime les textes de Claire Marin la philosophe et j’ai été bouleversée par ce récit en terre lointaine.
Hors de moi est brutal, convoque les peurs et la rage de la relégation mais aussi la joie volontaire et persistante.
Pour d’autres lectures de cette autrice : Les débuts, Rupture(s), Etre à sa place.
