Lectures

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne.

Traduit du Russe par Lucia et Jean Cathala.

Dans les camps, que de fois Choukhov s’était rappelé comme on mangeait, dans le temps, à la campagne : des pommes de terre à pleines poêles, la kacha à même la marmite, et, encore plus avant, avant les kolkhozes, de la viande, par tranches entières, et quelles tranches, sans compter le lait, qu’on lampait à s’en faire péter les boyaux au ventre. Or, dans les camps, Choukhov avait compris que c’était mal agir. On aurait dû manger en y pensant, en pensant seulement à ce qu’on mangeait, comme il faisait, en détachant de tous petits morceaux avec ses dents, en se les promenant sous la langue, et en les suçant avec le dedans des joues, sorte qu’on ne perde rien de ce bon pain noir humide et qui sentait si bon.

Un court roman qui relate la journée au camp de travaux forcés d’Ivan Denissovitch, simple zek (détenu) portant le matricule CH-854. De 5h du matin avant l’aube jusqu’au coucher tardif, une journée comme les autres au goulag : lever, comptages, fouilles, marche dans un froid brutal, détournement d’objets, travaux forcés de maçonnerie, entraide et délation, combines au réfectoire… tout est condensé pour faire saisir la répétition des contraintes qui érodent les hommes. Choukhov survit à sa façon, tirant profit de toutes les petites occasions, philosophant dans l’argot truculent du camp et respectant son code d’honneur.

Ce livre m’a été offert par @elo_lotte dans le cadre du #swapjelisenfinceclassique et je suis bien contente de l’avoir enfin découvert ! J’avais déjà lu quelques textes sur l’univers concentrationnaire mais celui-ci m’avait toujours échappé. J’ai apprécié la langue incroyable (quel boulot de traduction !) et la description très simple d’un quotidien entièrement dédié à la survie.

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