Lectures

Face à l’homme blanc, James Baldwin.

Traduit de l’anglais par Jean-René Major.
Publié aux Editions Gallimard.

Tout ce que je sais de la musique, c’est que bien peu de gens l’écoutent réellement. Et même là, lorsque, rarement, quelque chose s’ouvre en nous par où la musique peut pénétrer, ce que nous entendons surtout, ou ce que nous entendons confirmer, ce sont de fugitives évocations personnelles, intimes. Mais celui qui crée la musique entend autre chose. Il est attentif à la rumeur qui monte du néant et il lui impose un rythme au moment où elle éclate. Ce qui est évoqué en lui alors est d’un autre ordre, plus terrible parce qu’il n’a pas de mot – et triomphant aussi pour cette même raison.

Un recueil de nouvelles qui décrivent en touches successives les effets dévastateurs et durables d’une culture de l’exploitation et du mépris des Noirs aux Etats-Unis. Une jeune femme noire sait qu’elle sera quittée par son amant blanc, un pianiste de jazz poursuit de façon presque désespérée la résolution de ses angoisses dans la musique, un acteur noir marié à une Suédoise rentre d’Europe avec son fils métis et vacille sous le poids de ses inquiétudes, un policier blanc se remémore avec un plaisir trouble le lynchage d’un noir dans son enfance…

Cette collection de texte est terrible. La langue est sans pitié, d’une justesse qui met les nerfs à vif tant on est plongé dans les pensées et émotions des personnages. Tout est posé avec un œil aiguisé, la tension monte, les fractures sont exposées sous le soleil de midi, il est impossible d’échapper à ce qui sépare les hommes et les ronge.
Ce n’est pas une lecture de tout repos et j’ai adoré retrouver l’intelligence, la rage et la précision de cet auteur.

Un bouquin, comme une série d’uppercuts, lu dans le cadre du bookclub #cemoiscionlitjamesbaldwin rondement mené par @palir_au_soleil. Et, une fois de plus, nos conversations renforcent le sel de nos lectures !

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