Lectures

Les naufragés et les rescapés, quarante ans après Auschwitz, Primo Levi.

// VACANCES//

Traduit de l’italien par André Maugé.

Gallimard

Nous, les survivants, ne sommes pas les vrais témoins. C’est là une notion qui dérange, dont j’ai pris conscience peu à peu, en lisant les souvenirs des autres et en relisant les miens à plusieurs années de distance. Nous, les survivants, nous sommes une minorité non seulement exiguë, mais anormale : nous sommes ceux qui, grâce à la prévarication, l’habileté ou la chance, n’ont pas touché le fond. Ceux qui l’ont fait, qui ont vu la Gorgone, ne sont pas revenus pour raconter, ou sont revenus muets, mais ce sont eux, les “musulmans”, les engloutis, les témoins intégraux, ceux dont la déposition aurait eu une signification générale. Eux sont la règle, nous, l’exception.

40 ans après Auschwitz, l’auteur de “Si c’est un homme” et “La Trêve” s’interroge sur la notion de mémoire et de témoignage. Il revient sur la nécessité de dire ce qu’il a vécu, le “privilège” qu’est le fait d’être là pour pouvoir témoigner. Il réfléchit sur une hiérarchie de la traîtrise, sur la culpabilité qu’on fait peser sur les victimes, sur comment chacun accommode ses souvenirs pour survivre, sur le jugement facile de ceux qui n’ont pas vécu l’horreur.

Une fois de plus la clarté de l’écriture de Primo Levi me bouleverse.
Sa sensibilité, sa volonté de mener chacun à s’interroger, de refuser les généralités tout en affirmant ses convictions sont précieuses.
Si vous ne l’avez pas déjà lu, c’est un texte important.

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