Les poètes de la Méditerranée, anthologie.

Les poètes de la Méditerranée

Un #lundipoésie méditerranéen avec un recueil que je pourchasse depuis que @annaayanoglou en a parlé en juillet dernier! « Les poètes de la Méditerranée » chez NRF Gallimard.
Je picore dedans depuis quelques jours et je vous propose trois textes pour commencer…

Première pluie, Stratis Pascalis. Traduit du grec par Michel Volkovitch.
« L’automne est entré dans la maison
comme une femme qui tient
une lampe allumée.

(Dehors il commence à pleuvoir)

Timide elle pose la lumière sur la table
et sors sans bruit, paysanne
Sentant le thym et l’olivier mouillé.
« 

La vengeance de l’enfant bègue, Ronny Someck. Traduit de l’hébreu par Marlena Braester.
« Je parle aujourd’hui en souvenir des mots coincés autrefois
dans ma bouche,
en souvenir des roues dentées broyant les syllabes
sous la langue et sentant la poudre à canon
entre le palais et les lèvres sombres.
Je rêvais alors de faire passer ces mots clandestins camouflés comme des marchandises de contrebande
dans les cavernes de la bouche,
déchirer l’emballage de carton et arracher
les jouets de l’alphabet.
La maîtresse, posant une main sur mon épaule, racontait que Moïse
bégayait aussi et pourtant il avait atteint le Mont Sinaï.
Ma montagne à moi, c’était une fillette assise
à mes côtés dans la classe, mais je n’avais pas de braise dans le buisson ardent de la bouche
pour attiser, devant elle,
les paroles consumées d’amour.
« 

Bien peu savent encore, Giuseppe Conte. Traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para.
« Bien peu savent encore ce qu’est un
arbre. La ténacité de ses racines, acides et noires,
delta profond au centre de la terre, le
tronc, les branches et le feuillage, et
les innombrables espèces de fleurs,
éteintes désormais, et les fruits pleins, les fruits lourds qui
étaient
nourriture, l’écorce
tendue, la pulpe râpeuse, le noyau.
bien peu ont mémoire des cerisiers
blancs d’avant l’avril, et des cerises
écarlates, leur confirmation
intense et ronde sous le fin
pédoncule.
Et qui se souvient des kakis, énigmatiques
kakis pareils à des soleils couchants
immobiles tout au long de novembre sur le canevas
des branches
desséchées ?
«