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    Mousse, Klaus Modick.

    Traduit de l’allemand par Marie Hermann.@ruedelechiquier “Je suis capable de désassembler conceptuellement le splendide vieux pin dont les branches fouettent la fenêtre du haut par grand vent jusqu’à sa structure moléculaire et le nommer « correctement ». Mais je n’ai aucun moyen de décrire la langue dans laquelle il me parle quand il frappe contre la fenêtre.“ Un botaniste vieillissant revient dans la maison de son enfance avec comme projet d’écrire un dernier ouvrage scientifique. Cette retraite en bordure des bois le plonge peu à peu dans un état de contemplation d’où renaît une relation à la nature bien différente de celle qui a structuré sa vie professionnelle… Quelle beauté…

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    Agathe, Anne Cathrine Bomann.

    Traduit du danois par Inès Jorgensen.@jailu_editions “En réalité, ce que je voulais dire, c’est que je ne savais absolument pas comment parler à une autre personne en dehors des quatre murs de mon cabinet. Il y avait à présent si longtemps que je n’avais pas mené une conversation normale avec quelqu’un que cela faisait mal d’y penser.“ Un psychiatre compte les jours et les rendez-vous qui le séparent de la retraite. Ils ne s’intéresse plus que très mollement à ses patients et vivote en attendant on ne sait quoi. L’arrivée imprévue d’une nouvelle patiente et les congés pris par son assistante vont, sans bruit, grignoter son indifférence… Je suis restée…

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    L’analphabète, récit autobiographique, Agata Kristof.

    @editionszoe “Je lis. C’est comme une maladie. Je lis tout ce qui me tombe sous la main, sous les yeux : journaux, livres d’école, affiches, bouts de papier trouvés dans la rue, recettes de cuisine, livres d’enfant. Tout ce qui est imprimé.“ En quelques vignettes l’auteure brosse son portrait de lectrice et d’écrivaine. Passion vorace de la lecture, perte du lien à la langue natale et choix d’une identité nouvelle dans la langue française, rapport ambivalent aux mots et à leur pouvoir : l’essentiel est dit nettement. Quel plaisir de retrouver ce ton un peu “froid”, distant et pourtant vibrant dans ce texte d’Agota Kristof !J’apprécie sa maîtrise et son…

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    Les poèmes de Dan Fante

    Un #lundipoésie un peu rugueux et pas toujours aimable avec les poèmes de Dan Fante, poète américain à la vie cabossée. Le recueil “Bons baisers de la grosse barmaid, poèmes d’extase et d’alcool” est traduit par Patrice Carrer et paru @editionspoints. Il mêle avec vigueur phrase coups de poings bien vulgaires et lyrisme improbable… un alliage vivifiant !Entre noirceur et désespoir, la joie se faufile… “2 Avril 1993 Des morceaux de moibarrés depuis longtempssont de retour – des endroitsenfoncés trop loin en moipour que j’aie voulu y toucher Des mélodies oubliéesfont peau neuveen retrouvant leurs paroles Je suis redevenu ce gamin ivre de printempsqui fonçait à vélo dans les petites rues de New…

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    Annie Muktuk et autres histoires, Norma Dunning.

    Traduit de l’anglais par Daniel Grenier.Mémoires d’encrier “On s’approche de la sortie du fond. Les rayons du soleil nous réchauffent à travers les fenêtres. C’est à ce moment-là que je le sens. C’est à ce moment-là que je sens le vertige de la liberté qui fait battre mon coeur et qui martèle jusque dans ma tête. La liberté, elle est partout en dedans de moi. Elle est dans mes yeux. Elle me chatouille le bout des doigts et je sens le rire qui cherche à surgir de ma gorge.“ Annie Muktuk fait briller les yeux de tous les hommes et joue de sa sexualité, Elipsee est aimée par son mari…

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    L’année de grâce, Kim Liggett.

    Traduit de l’anglais par Nathalie Perronny@romanscasterman “C’est pourquoi nous sommes bannies l’année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté.“ L’année de leurs seize ans les jeunes filles du village sont escortées jusqu’au cœur de la forêt. Leur société est convaincue qu’un an d’isolement les purgera de leur magie inquiétante et les rendra apte à devenir de bonnes épouses.Elles vont devoir survivre ensemble et éviter de se faire tuer par des braconniers qui veulent faire commerce de leur chair censément chargée de pouvoirs.Tierney, jeune fille résolue et singulière, part préparée pour affronter la nature mais elle découvrira que…

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    Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, Corinne Morel Darleux.

    Editions Libertalia “Le refus de parvenir n’implique ni de manquer d’ambition ni de bouder la réussite. Juste de réaliser à quel point ces deux notions gagneraient à davantage de singularité : elles sont aujourd’hui normées par des codes sociaux qui n’ont que peu en commun avec les aspirations individuelles, ni d’ailleurs avec l’intérêt collectif.” Dans un témoignage aussi réfléchi que poétique l’auteure partage sa conviction profonde : il n’est pas nécessaire de réussir, de gagner, pour vivre pleinement. Elle décrit nos sociétés comme marquées par l’accumulation des biens et la surenchère des comportements. Pour elle, ce monde court à l’effondrement mais ce n’est pas tragique : ce désastre annoncé, c’est…

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    Bricolage encore

    Un #lundipoésie qui respire avec une photo de ciel bleu et les mots toujours justes d’Andrée Chedid. Bricolage (dans le recueil Rythmes) “Tu naquis d’un bricolageDu génial universPar d’étranges combinaisonsPar surprise et par liaisonsTu devins Toi plutôt que mouchePlutôt que zèbre souris lion Surgi du magma des possiblesEt de la souche de toute vieTu devins Toiunique au mondeFace à l’éphémère défi.“ Bonne semaine sous le soleil !

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    La rivière, Peter Heller.

    Traduit de l’anglais par Céline Leroy.@actessud “Ils ne voyaient pas le brasier, aucun panache ne couvrait les étoiles, aucune lueur comme dans les villes ne couronnait les arbres, mais ça empestait la forêt brûlée et le sol calciné, et toute la nuit ils entendirent les battements d’ailes et les pépiements des oiseaux qui passaient au-dessus d’eux.“ Deux jeunes hommes expérimentés, passionnés de littérature et de nature, partent en canoë pour descendre le fleuve Maskwa au Nord du Canada. Leur amitié profonde et leur complémentarité leur promettent une expérience inoubliable…Un incendie dantesque et des rencontres dangereuses vont progressivement transformer cette aventure en une épreuve dont nul ne sortira indemne. Punaise, quel…

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    A travers les champs bleus, Claire Keegan.

    Traduit de l’anglais par Jacqueline Odin.@swediteur “Elle disait que la parole menait à la connaissance de soi. La conversation visait à dévoiler ce que, dans une certaine mesure, on savait déjà.“ 8 nouvelles irlandaises (dont une américaine) comme autant de portraits d’individus singuliers, se construisant une vie en dehors des conventions et attentes de leur cercle.Que ce soit des petits sauts de côté comme se baigner et se promener au lieu de travailler à son roman ou des décisions durables comme celle de révéler publiquement que son enfant est le fruit d’un adultère, tout ces personnages persistent à être qui ils sont profondément au risque de se voir mis à…