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    La fabrique des pervers, Sophie Chauveau.

    // VACANCES// Editions Folio ” Mais le grand principe familial règne en maître chez ces gens-là : on fait, mais on ne dit pas. Des enfants souffrent, qui s’en soucie ? Ils oublieront. On collectivise certaines femmes, belles-sœurs aujourd’hui divorcées, comme hier les vendeuses de l’épicerie, renvoyées ? Et alors, puisque tout le monde est consentant. On est entre soi, non ?“ Plusieurs générations d’incesteurs sûrs de leur impunité constituent les piliers de la famille de l’auteure, plusieurs générations de femmes qui ont su et se sont tues, plusieurs générations d’incesté(e)s dont la famille a étouffé la parole.Pour analyser ce système et y replacer son histoire personnelle, l’auteure a recours…

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    Dans la maison rêvée, Carmen Maria Machado.

    Traduit de l’anglais par Hélène Cohen.Editions Bourgois “Il m’est parfois arrivé de ne pas avoir l’impression d’écrire mais de lancer un couteau sur des fragments d’histoires pour les clouer au mur avant qu’ils ne s’envolent ou ne disparaissent.” L’auteure est amoureuse d’une femme qui se met progressivement à la maltraiter. Après un long travail notamment d’écriture, elle essaie ici de capturer l’essence de cette violence, sa malheureuse banalité, les dégâts persistants de l’emprise. Elle essaie de se souvenir, de s’approprier cette histoire et de la transmettre pour qu’elle puisse être utile à d’autres. Un sacré bouquin ! Entre essai, témoignage et autofiction l’auteure a choisi de tendre à son arc…

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    La vie pieds nus, Alan Pauls.

    Traduit de l’espagnol par Vincent Raynaud.Editions Bourgois “(…) le type de plaisir sublime que la plage ne fournit que lorsque deux corps brûlés au soleil se glisse dans un lit à peine fait et s’enlacent dans ce paradis propre, frais et simple, de draps de coton blanc.“ Une méditation sur la plage, seul lieu où les corps dénudés sont la norme, décor rêvé ou cauchemar touristique, espace de l’enfance et de la drague adolescente…L’auteur mêle ses souvenirs, réflexions historiques, sociologiques et culturelles. Bon ben c’est un flop pour moi. Je me suis ennuyée en lisant ce livre alors que j’espérais une lecture savoureuse. J’ai trouvé les propos assez convenus, plutôt…

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    Derniers témoins, Svetlana Alexievitch.

    Traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard.@editions1018 “Le bruit court dans le village que c’est… la guerre ! Maman est perdue : comment faire ? Moi, je me dis : vivement que cette journée soit passée ! Personne ne m’a expliqué que la guerre, ce n’est pas un jour ou deux, que ça pourrait durer très longtemps.“ Ouvrir un livre de Svetlana Alexievitch est toujours saisissant et éprouvant. Entre journalisme et littérature, elle assemble des témoignages individuels et compose des textes qui révèlent la complexité d’expériences historiques vécues collectivement.Dans ce livre, elle associe des voix d’enfants ayant survécu à la Seconde Guerre Mondiale. Chacun d’entre est identifié par ses nom et…

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    L’analphabète, récit autobiographique, Agata Kristof.

    @editionszoe “Je lis. C’est comme une maladie. Je lis tout ce qui me tombe sous la main, sous les yeux : journaux, livres d’école, affiches, bouts de papier trouvés dans la rue, recettes de cuisine, livres d’enfant. Tout ce qui est imprimé.“ En quelques vignettes l’auteure brosse son portrait de lectrice et d’écrivaine. Passion vorace de la lecture, perte du lien à la langue natale et choix d’une identité nouvelle dans la langue française, rapport ambivalent aux mots et à leur pouvoir : l’essentiel est dit nettement. Quel plaisir de retrouver ce ton un peu “froid”, distant et pourtant vibrant dans ce texte d’Agota Kristof !J’apprécie sa maîtrise et son…

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    Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, Corinne Morel Darleux.

    Editions Libertalia “Le refus de parvenir n’implique ni de manquer d’ambition ni de bouder la réussite. Juste de réaliser à quel point ces deux notions gagneraient à davantage de singularité : elles sont aujourd’hui normées par des codes sociaux qui n’ont que peu en commun avec les aspirations individuelles, ni d’ailleurs avec l’intérêt collectif.” Dans un témoignage aussi réfléchi que poétique l’auteure partage sa conviction profonde : il n’est pas nécessaire de réussir, de gagner, pour vivre pleinement. Elle décrit nos sociétés comme marquées par l’accumulation des biens et la surenchère des comportements. Pour elle, ce monde court à l’effondrement mais ce n’est pas tragique : ce désastre annoncé, c’est…

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    Le plaisir de vivre, Anne Ancelin-Schützenberger.

    “Pour la plupart des médecins psychosomaticiens français, le mauvais moral pourrait entraîner la maladie, mais ils hésitent à accepter l’inverse, qui est qu’en rétablissant l’amour de la vie et l’espoir, le fonctionnement du corps peut s’améliorer, pour arriver éventuellement même jusqu’à la guérison.“ L’auteure est une psychologue et psychothérapeute connue pour avoir développé la pyschogénéalogie en France. La psychogénéalogie interroge les effets sur un individu des secrets ou traumatismes vécus par ses parents, grands-parents ou aïeux. Elle s’appuie notamment sur la notion d’inconscient collectif élaborée par Jung et sur une vision de l’individu comme partie d’un tout familial et sociétal.Dans ce livre, Anne Ancelin-Schützenberger partage surtout sa conviction qu’il y…

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    L’empreinte, Alexandria Marzano Lesnevich.

    Traduit de l’anglais par Héloïse Esquié. “Quelle que soit la nature des événements passés, le récit s’est chargé de les réécrire sans vergogne. Le récit est devenu vérité.“ L’auteure, alors étudiante en droit à Harvard et guidée par ses convictions contre la peine de mort, découvre à l’occasion d’un stage l’affaire Langley. Un homme a assassiné un petit garçon de 6 ans et explique, dans son interrogatoire filmé, sa pédophilie et le plaisir qu’il a pris à tuer cet enfant. Ce témoignage terrifiant ébranle toutes les convictions de la jeune femme et la confronte aussi à son passé d’enfant victime d’inceste.Elle entame alors un processus de plus de 10 ans…

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    Comment supporter sa liberté, Chantal Thomas.

    “Il y avait la chambre des jours de pluie. Elle se confondait avec l’espace de lecture où j’étais plongée, vibrait du même rythme, était suspendue à la même impatience. Seule la faim pouvait m’en arracher. Jours de pluie, jours splendidement gris – jours pliés aux dimensions de la page, attrapés au piège de son invisible profondeur, de son impalpable intériorité. J’avais traversé des continents, des siècles, ou n’avais pas bougé d’une divagation circulaire, et soudain le soir était là. J’allumais la lampe sans lever les yeux de mon livre. C’était à lui que s’évaluait ma vie, c’était lui qui donnait la mesure de toute chose. Et la chambre, hypnotisée à…

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    Over the Rainbow, Constance Joly.

    Une fille raconte son père, tâche d’attraper par les mots l’enchanteur insaisissable de son enfance, père divisé et homosexuel mort du SIDA. Avec un mélange de pudeur respectueuse et de sincérité déchirante, elle marche sur le fil du témoignage sans jamais chuter ni dans l’anecdotique ni dans le larmoyant. J’ai beaucoup apprécié ce texte émouvant sans être envahissant (alors que j’avais parfois eu du mal avec le lyrisme dans “Le matin est un tigre”). Il m’a aussi fait repenser avec plaisir au témoignage d’Alysia Abbott dans son livre FairyLand qui m’avait beaucoup apporté. Merci beaucoup @jolyconstance69 pour cet envoi inattendu et très apprécié !